27 février 2008

There Will Be Blood

Le très attendu dernier film de Paul Thomas Anderson n'a pas déçu mes attentes. Auréolés de 2 oscars dimanche dernier à L.A (pas des moindres: meilleur acteur, meilleure photo) l'adaptation du roman "Oil" d'Upton Sinclair est un vrai portrait d'un de ces entrepreneur-pétroliers de fin de XIXè-début de XXè siècle.
Daniel Plainview (D. Day-Lewis) est à la fois dur travailleur, borné mais aussi doué pour les affaires qu'il est dénué de scrupules. Il incarne parfaitement cette image du rêve américain, celui qui, dès lors qu'il se salit les mains à la tâche, ne peut que réussir. Sans dévoiler trop de l'intrigue (le film sort aujourd'hui en France): Plainview achète des concessions aux fermiers et propriétaires terriens pour exploiter les gisements de pétroles et faire d'énormes profits, il joue pour cela de son image et n'hésite pas aux boniments et promesses diverses. Rien de très inhabituel dans cette période de ruée vers l'or noir où beaucoup ignoraient encore l'ampleur des profits potentiels. Le film est un magnifique exemple de ce que l'avidité et la compétition économique dans une période de révolution industrielle peuvent créer comme sentiments. Car bien qu'essentiellement basé sur l'histoire de Plainview et de son goût démesuré pour le succès, le film montre également que la crédulité et la peur de ce monde qui change pousse vers des pratiques religieuses plus drastiques. C'est un choc de culture: ces paysans bigots poussés vers l'ouest par les précédents développements contre les bâtisseurs de derrick et autres requins attirés par le pétrole.
Mais le film évite tout manichéisme, il ne s'agit pas ici de vanter les mérites de la vie simple des cowboys de l'ouest. On ne peut s'empêcher de reconnaitre la féroce intelligence de Plainview qui ne s'embarasse pas de sentiments mais qui montre également ses failles. Et le film évite l'écueil classique qui consiste à gonfler d'une morale de fin toute "success-story". Pas de repentir ni de "vengeance divine".
Porté par un Daniel Day-Lewis comme à son habitude méconnaissable, possédé par son personnage, le film bénéficie également de la composition surprenante de Jonny Greenwood à la B.O. La réalisation touche parfois des notes kubrickiennes, très classique mais bourrés d'effets et de jeu d'ombres et lumières.Un film qui avant tout nous interroge sur ce qu'on est prêt à sacrifier pour réussir, sur les raisons qui poussent à la course aux profits et cette notion de "selfmade man". Des notions pas totalement disparues dans une Amérique où pétroliers et religieux ont toujours de beaux restes.

2 réactions:

Marie-Myrtilles a dit…

Faut pas que je lise, faut pas que je lise, le film sort aujourd'hui sur nos écrans !
Bises !

Nat a dit…

C'est vrai que ça donne envie d'y aller.Mais si aprés c'est pr reflechir à la nature humaine je vais surement eviter!